Sécuriser une copropriété ou un immeuble tertiaire
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Dans un immeuble, la porte d’entrée n’a pas besoin d’être forcée
Presque tout ce qui arrive dans une copropriété commence par une porte de hall que personne n’a eu besoin de forcer. Elle bat plusieurs centaines de fois par jour (résidents, livreurs, services postaux, société de nettoyage, artisans en intervention), et personne ne vérifie personne : et elle se referme lentement. Il suffit d’attendre quelqu’un, ou de composer un code obtenu une fois et jamais changé depuis.
Descendez d’un niveau : le local à vélos est fermé par un cadenas, il est au fond du parking, sans passage, et il contient aujourd’hui des machines qui valent bien davantage qu’il y a dix ans. Le couloir de caves, à côté, se travaille autrement : de nuit, méthodiquement, sur plusieurs boxes à la suite, par des gens qui savent qu’on n’y descend plus après vingt heures.
Au parking, ce sont les véhicules : habitacles fouillés, carrosseries dégradées, pièces démontées sur les voitures stationnées. Rien d’étonnant à cet endroit précis : aucun témoin, un éclairage minuté, des angles morts derrière chaque poteau, et une rampe qui reste ouverte plusieurs dizaines de secondes après chaque passage.
Reste ce qui se voit tous les jours et ne se chiffre pas : dépôts sauvages, dégradations dans les cages d’escalier, boîtes aux lettres forcées, paliers occupés le soir. C’est cette usure-là, plus que les vols, qui finit par mettre le sujet à l’ordre du jour d’une assemblée générale.
Les points d’exposition des parties communes
Huit zones. Toutes sont communes, aucune n’est privative : c’est ce qui définit le périmètre de ce que la copropriété peut équiper.
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Hall d’entrée et boîtes aux lettres
Porte franchie par entraînement derrière un résident, code partagé depuis des années, boîtes aux lettres forcées pour les courriers sensibles.
Réponse : Interphonie avec support d’accès résident personnel, remplaçant le code unique, et ferme-porte réglé pour une refermeture rapide. La caméra de hall se cadre sur la porte et le sas, à l’exclusion des boîtes nominatives.
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Local à vélos et poussettes
Concentration de valeur mal protégée : local fermé par un simple cadenas, à l’écart, sans passage et sans témoin.
Ce qu’on pose : Ouverture par le même support que le hall, avec journal des passages, et détection propre au local en dehors des créneaux d’usage. Le journal suffit à lui seul : il transforme une disparition anonyme en événement daté.
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Local poubelles
Porte laissée ouverte en permanence par commodité, ce qui en fait un accès direct vers les sous-sols et parfois vers le parking.
Traitement : Verrouillage électrique avec refermeture automatique et ouverture par support résident. C’est l’une des interventions les moins coûteuses d’un immeuble, pour une porte qui commande tout le sous-sol.
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Parking souterrain et rampe d’accès
Temps d’ouverture long de la porte, entrée d’un piéton ou d’un deux-roues derrière un véhicule, éclairage minuté qui s’éteint pendant les faits.
Réponse : Réduction du temps d’ouverture, détection de présence à la rampe et éclairage asservi. La caméra se place sur l’entrée et non sur les emplacements, qui relèvent de l’usage privatif.
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Accès aux caves
Effractions en série sur plusieurs boxes la même nuit, dans un sous-sol sans passage et sans éclairage permanent.
Ce qu’on pose : Porte palière de cave à ouverture commandée et détection volumétrique dans le couloir de desserte. On surveille le couloir commun, sans couvrir l’intérieur d’un box, qui est un espace privatif.
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Portail et porte de garage
Télécommandes anciennes en circulation, dupliquées, qu’aucune procédure ne désactive après un déménagement ou la vente d’un lot.
Traitement : Passage à des supports d’accès révocables individuellement, ce qui permet de retirer un droit sans changer le système ni prévenir tout l’immeuble.
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Cage d’escalier et paliers
Occupation, dégradations, dépôts. Zone sensible du point de vue de la vie privée puisqu’elle dessert directement les portes des logements.
Réponse : Traitement par l’accès en amont et par l’éclairage, plutôt que par la captation. Une caméra de palier orientée sur des portes de logements est exclue.
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Cour intérieure et jardin commun
Accès depuis une voie riveraine ou un immeuble mitoyen, dépôts sauvages, dégradations de mobilier commun.
Ce qu’on pose : Éclairage détecté et couverture de l’accès depuis l’extérieur. Le champ doit s’arrêter à la limite de la copropriété et ne pas atteindre les fenêtres des logements.
Le calendrier de l’assemblée générale commande le chantier
Rien ne s’installe en parties communes sans une résolution votée, et une résolution se prépare plusieurs mois à l’avance. Six contraintes en découlent.
- Le passage en assemblée générale. Le devis doit être disponible avant l’envoi de la convocation, et assez détaillé pour que la résolution nomme les équipements, leurs emplacements et le montant.
- Le financement. La dépense est répartie entre copropriétaires selon les règles de l’immeuble. Un projet global passe plus difficilement qu’un projet séquencé : traiter d’abord le hall et le local vélos, puis le parking l’année suivante, reste une voie praticable quand un projet global ne réunit pas de majorité.
- L’absence de personnel. Sans gardien, il n’y a personne pour recevoir une alerte, ouvrir à un prestataire ou gérer un support perdu. Les droits d’accès doivent s’administrer à distance par le syndic, avec une procédure simple pour un résident.
- Les prestataires récurrents. Services postaux, entreprises de nettoyage, ascensoriste, relève des compteurs : ces accès doivent exister sans qu’un code circule dans tout le quartier.
- La vie privée des résidents. Une caméra de partie commune ne doit permettre ni de savoir qui rentre à quelle heure chez lui, ni de surveiller une porte palière. Cette limite conditionne l’implantation bien plus que la technique.
- Le parc de clés existant. Beaucoup d’immeubles ont accumulé des générations de clés et de télécommandes. Le remplacement complet des serrures pèse lourd dans un budget de copropriété, alors que les portes communes peuvent être équipées sans toucher aux serrures des logements.
L’immeuble d’habitation avec commerces en pied et ateliers en fond de cour reste la forme dominante d’une bonne partie du parc parisien. La cour commune y dessert les caves, les locaux techniques et des locaux professionnels : autant de porteurs de clés supplémentaires. Le 11e arrondissement en donne l’exemple le plus net.
La porte du hall se traite avant la première caméra
Sur un immeuble d’une soixantaine de lots avec hall, parking souterrain, caves et local vélos, l’ordre se déduit de la façon dont on entre, pas du catalogue. D’abord l’accès du hall : interphonie, un support personnel par résident à la place du code unique, et un ferme-porte réglé pour que la porte ne reste pas entrebâillée. Cette seule opération traite l’entrée par entraînement mieux que n’importe quelle caméra.
Viennent les deux locaux qui concentrent les faits (vélos et poubelles), ouverts par le même support, avec journal des passages. Puis le sous-sol : porte palière de cave commandée, détection dans le couloir de desserte, éclairage asservi.
La vidéo arrive après, et se limite à deux ou trois champs : la porte du hall côté intérieur, l’entrée du parking, l’accès à la cour. Elle documente ; elle n’empêche pas. Une copropriété qui installe des caméras sans avoir traité l’accès du hall obtient des images de personnes qu’elle n’a pas empêchées d’entrer.
Le passage du code de hall aux badges nominatifs, les droits des prestataires et le remplacement d’un parc de clés se règlent porte par porte : c’est le sujet de la page accès des parties communes.

Trois systèmes, un seul qui empêche d’entrer
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Supports résidents révocables, locaux communs, sous-sol. Le poste qui change réellement la situation.
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Hall, entrée de parking, cour. Deux ou trois champs, cadrés à distance des logements.
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Alarme intrusion professionnelle
Réservée aux locaux communs fermés : local vélos, couloir de caves, local technique.
Les paliers, les caves, les fenêtres : où le champ doit s’arrêter
Les parties communes d’un immeuble d’habitation ne sont pas un lieu ouvert au public : l’accès y est réservé aux résidents et à leurs visiteurs. Le régime d’autorisation préfectorale des articles L. 251-1 et suivants du code de la sécurité intérieure ne s’applique donc pas, sauf si un champ couvre la voie publique devant l’immeuble, point à vérifier au repérage dès qu’une caméra est posée en façade.
C’est le RGPD qui s’applique. Le syndicat des copropriétaires, représenté par son syndic, est responsable du traitement : finalité déterminée, minimisation, durée de conservation limitée, sécurité, information des personnes et inscription au registre des traitements. Concrètement, cela suppose une affichette lisible à chaque entrée concernée, une durée de conservation écrite et courte, et une liste nominative des personnes habilitées à visionner les images : le syndic en pratique, et non l’ensemble du conseil syndical ni un copropriétaire à titre individuel.
La vie privée des occupants ferme trois emplacements. Une caméra ne doit pas permettre d’identifier qui entre dans quel logement : les paliers desservant des portes palières sont donc à éviter. Elle ne doit pas couvrir l’intérieur d’un box de cave ni un emplacement de parking attribué, qui sont des espaces à usage privatif. Elle ne doit pas atteindre les fenêtres et balcons des logements, ni la voie publique au-delà des abords immédiats.
Si la copropriété emploie un gardien ou un employé d’immeuble, le dispositif ne peut pas servir à surveiller son activité : l’information préalable prévue par l’article L. 1222-4 du code du travail s’applique, et la loge, comme les espaces de repos, est exclue du champ des caméras. Les modalités d’affichage sont détaillées dans le guide de déclaration.
Ces éléments sont d’ordre général et ne valent pas conseil juridique : la rédaction de la résolution soumise à l’assemblée relève du syndic et, le cas échéant, de son conseil.
Une copropriété paie son parc de clés autant que ses portes
| Facteur | Effet sur le budget | À vérifier |
|---|---|---|
| Nombre de lots et de résidents | Détermine le volume de supports d’accès à produire et à administrer dans la durée. | Prévoir un stock pour les remplacements et les nouveaux arrivants. |
| Nombre d’entrées et de portes communes | Chaque porte équipée demande un organe, un lecteur et une alimentation. | Hiérarchiser : hall, local vélos et local poubelles avant le reste. |
| Présence d’un parking souterrain | Ajoute une commande d’accès véhicules, des points en sous-sol et des reprises d’éclairage. | Vérifier la couverture réseau en sous-sol avant tout choix technique. |
| État du parc de clés et de télécommandes | Un parc ancien et non maîtrisé oriente vers un remplacement progressif plutôt que ponctuel. | Faire l’inventaire des supports en circulation avant de décider. |
| Séquencement du projet | Un projet découpé en tranches votées séparément se finance plus facilement. | Faire chiffrer les tranches séparément, avec des résolutions distinctes. |
| Bâtiment ancien ou en secteur protégé | Contraint les percements, les fixations et l’aspect des équipements en façade. | Anticiper les autorisations d’urbanisme quand la façade est concernée. |
Avant de porter le sujet en assemblée générale
Peut-on installer des caméras dans les couloirs qui desservent les appartements ?
C’est le seul point sur lequel notre réponse est non. Un palier dessert des portes palières : une caméra y permet de reconstituer les entrées et sorties de chaque foyer, ce qui excède largement la finalité de sûreté et porte atteinte à la vie privée des occupants. Ce qui est utile et acceptable se situe en amont : la porte du hall, l’entrée du parking, l’accès aux caves. C’est de toute façon là que se décide l’entrée dans l’immeuble.
Qui a le droit de visionner les images ?
Une liste nominative de personnes habilitées, définie à l’avance et écrite. En pratique, il s’agit du syndic ou d’un salarié désigné. Ni un copropriétaire à titre individuel, ni l’ensemble du conseil syndical n’ont vocation à accéder aux enregistrements : c’est un point sur lequel une installation d’immeuble se met facilement en défaut, avec un accès distant partagé entre plusieurs personnes et sans liste d’habilités écrite.
Comment gérer les accès des services postaux et des prestataires ?
Par des supports dédiés à ces intervenants, distincts de ceux des résidents, révocables individuellement, et le cas échéant limités à des plages horaires. C’est très différent du code unique communiqué à tout le monde, qui reste en circulation des années après. La liste des prestataires ayant un accès permanent doit être tenue à jour par le syndic, et revue à chaque changement de contrat.
Faut-il un vote en assemblée générale ?
Oui, pour toute installation en parties communes. Ce qui compte en pratique, c’est la précision de la résolution : elle doit décrire ce qui est installé, où, pour quelle finalité, et pour quel montant. Une résolution vague expose la décision à contestation. Nous fournissons un devis suffisamment détaillé pour que le syndic puisse en tirer une rédaction précise, mais la rédaction elle-même relève de lui.
Peut-on remplacer les clés sans changer toutes les serrures ?
Oui, au moins partiellement. Les portes communes principales (hall, local vélos, local poubelles, porte palière de cave) peuvent recevoir des organes commandés sans que les serrures des logements soient touchées, puisqu’elles ne le sont pas. Le parc de clés communes peut, lui, être remplacé porte par porte, avec une période de cohabitation entre l’ancien et le nouveau système.
Combien de temps conserver les images ?
Le moins longtemps possible au regard de la finalité. Aucune durée n’est fixée par le code de la sécurité intérieure pour un lieu qui n’est pas ouvert au public, mais le RGPD impose une conservation limitée à ce qui est nécessaire, et la CNIL rappelle que la capacité technique de stockage ne justifie pas à elle seule la durée retenue. Cette durée doit être décidée, écrite dans le registre du syndicat, et paramétrée sur l’enregistreur, pas laissée à la valeur d’usine.