Braquage en commerce : que prévoir avant, que faire après ?

Portrait de Jérôme Zouari Par Publié le

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Comptoir de commerce de proximité vide en fin de journée avec un terminal de paiement et une caméra au plafond
Au comptoir, l’alerte discrète doit pouvoir partir depuis la position de vente, sans se baisser ni se retourner. Illustration générée
Sommaire

Un braquage se prépare avant, par des consignes que toute l’équipe connaît et une alerte qu’on déclenche sans geste visible, et se gère après : sécurité des personnes, appel au 17, conservation des images, déclaration et suivi des salariés. Pendant les faits, une seule règle vaut pour tout le monde : ne pas résister. La marchandise se remplace, un salarié blessé non.

Braquage, vol avec violence, cambriolage : qu’est-ce qui les distingue ?

« Braquage » n’est pas un terme du code pénal. Le mot désigne en pratique un vol commis sous la menace, en présence du personnel, ce qui le sépare du cambriolage, commis en l’absence de quiconque. La qualification dépend de l’arme et des violences.

Situation Texte Peine encourue
Vol avec usage ou menace d’une arme, ou par une personne porteuse d’une arme soumise à autorisation ou prohibée Code pénal, article 311-8 Vingt ans de réclusion criminelle : c’est un crime
Vol accompagné de violences ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de huit jours Article 311-6 Dix ans d’emprisonnement
Vol accompagné de violences ayant entraîné une incapacité de huit jours au plus Article 311-5 Sept ans d’emprisonnement
Vol accompagné de violences sans incapacité de travail, ou commis visage volontairement dissimulé Article 311-4, version en vigueur depuis le 20 août 2026 Cinq ans, davantage quand plusieurs circonstances se cumulent

Pour l’exploitant, la qualification change peu de chose sur le moment. Elle rappelle surtout deux priorités : la sécurité des personnes passe avant tout, et ce que vous conserverez dans la première heure, images, témoignages, objets touchés, servira l’enquête.

La police et la gendarmerie ont enregistré 7 900 vols avec armes en France en 2025, en baisse de 8 % sur un an selon le service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI) : 34 % avec une arme à feu, 66 % avec une arme blanche ou par destination. Ces chiffres mêlent toutes les victimes, commerces et particuliers : ils ne disent rien du risque de votre boutique, qui tient à ce qu’elle vend, à ses horaires et à ses abords.

Quelles consignes donner à l’équipe avant que cela arrive ?

Le code du travail met à la charge de l’employeur les mesures nécessaires à la sécurité et à la santé, physique comme mentale, de ses salariés (article L4121-1), et lui fait consigner son évaluation des risques dans le document unique (article R4121-1). Dans un commerce qui manipule des espèces ou des produits faciles à revendre, l’agression y a sa ligne, et les consignes en sont la traduction concrète.

L’INRS, dans sa page de prévention des agressions et violences externes mise à jour le 27 septembre 2023, recommande notamment d’éviter le travail isolé aux moments exposés, de retirer régulièrement les espèces et de l’afficher, d’installer des dispositifs d’alarme ou d’alerte, et de former le personnel aux procédures de l’entreprise.

Les consignes tiennent sur une page, lue par chaque nouveau salarié le premier jour :

  • ne jamais résister, ne pas argumenter, remettre ce qui est demandé ;
  • annoncer ses gestes avant de les faire (« j’ouvre le tiroir ») et garder les mains visibles ;
  • ne pas fixer les auteurs, mais retenir ce qui ne change pas : taille, voix, démarche, vêtements, ce qu’ils ont touché ;
  • ne déclencher l’alerte discrète que si le geste passe inaperçu ;
  • ne pas les suivre dehors, ne pas chercher à relever une plaque ;
  • après leur départ, fermer la porte et appeler le 17.

Reste la tentation de s’armer. Le dépliant de la gendarmerie des Deux-Sèvres sur le vol à main armée la déconseille très fortement : l’agresseur peut désarmer le commerçant et retourner l’arme contre lui, et la légitime défense a ses propres règles, que le dépliant invite à connaître avant toute décision.

Les moments de bascule méritent une consigne à part. À l’ouverture, le rideau est à moitié levé et l’alarme encore active ; à la fermeture, la caisse est comptée et la rue se vide. Ce sont les créneaux décrits sur notre page consacrée à la sécurité d’un bureau de tabac, et ils valent pour tout commerce tenu par une ou deux personnes.

Consignes, alerte discrète et cadrage des caméras se décident ensemble, poste de vente par poste de vente. C’est ce que nous relevons lors d’un audit de sécurité d’un commerce ou d’un magasin.

Comment réduire ce qu’un braqueur peut emporter ?

Moins il y a d’espèces et d’objets de valeur à portée de main, moins le comptoir vaut le risque. La Cramif, caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de-France, a consacré en juin 2025 une fiche de prévention aux braquages dans les commerces de proximité (DTE n° 290-1). Le dépliant de la gendarmerie des Deux-Sèvres la complète pour la caisse, le coffre et les dépôts.

Mesure Ce qu’elle change Source
Paiement par carte encouragé, seuil le plus bas possible Moins d’espèces en caisse Cramif
Automate de gestion des espèces au poste d’encaissement, transfert vers un coffre Le salarié n’a plus accès aux liquidités Cramif
Alerte du logiciel de caisse à un seuil de liquidités Le montant exposé reste plafonné Cramif
Petit coffre sous la caisse pour les grosses coupures, coffre principal à ouverture retardée dans une pièce à l’abri des regards, autocollant qui l’annonce Le braqueur sait que le coffre ne s’ouvrira pas sur-le-champ Gendarmerie
Ouverture et fermeture jamais assurées par un salarié seul ; à défaut, dispositif d’alarme pour travailleur isolé couplé à un téléphone mobile Personne n’est seul au moment le plus exposé Cramif
Signe convenu à l’ouverture, code de bonne arrivée avec le voisinage Ceux qui arrivent ensuite savent si tout est normal Gendarmerie, Cramif
Dépôts en banque à horaires et itinéraires variés, ou transport de fonds La routine cesse d’être observable Gendarmerie

En cas de doute à l’ouverture ou à la fermeture, la Cramif conseille de différer et de composer le 17 : un malfaiteur qui pense avoir été repéré abandonne souvent. Pour les commerces qui exposent des objets de valeur, elle invite aussi à examiner un sas ou un accès contrôlé à l’entrée, une configuration détaillée sur notre page consacrée à la sécurité d’une bijouterie.

Comment donner l’alerte sans aggraver la situation ?

L’alerte d’agression se déclenche sans aucun bruit sur place. Bouton fixe sous le comptoir, pédale, émetteur portatif : le geste doit être possible depuis la position de vente, sans se baisser ni se retourner. La série de normes NF EN 50131 couvre, dans son intitulé même, les systèmes d’alarme contre l’intrusion et contre les hold-up.

Déclencheur Poste adapté Point à vérifier à la pose
Bouton fixe à double appui Caisse, guichet, comptoir de vente Atteignable debout sans se baisser, hors du passage des genoux et des sacs
Pédale Poste où les mains doivent rester visibles Hors du passage des pieds, pour éviter l’appui involontaire
Émetteur portatif Personnel mobile, réserve, ouverture et fermeture Portée radio jusqu’à la centrale et état de la pile, à contrôler lors des essais

Pas de sirène. Une sirène qui retentit pendant les faits peut provoquer la panique, ou la violence, de quelqu’un qui se croit découvert. L’alerte part en silence vers son destinataire : un centre de télésurveillance sous contrat, ou des personnes désignées qui ne sont pas sur place.

Si elle va vers un centre, ce que fait l’opérateur est fixé par le contrat. L’article L613-6 du code de la sécurité intérieure tient pour injustifié l’appel aux forces de l’ordre qui n’a pas été précédé d’une levée de doute. Son texte vise la surveillance à distance de biens et les indices d’un crime ou d’un délit flagrant concernant ces biens ; il ne mentionne pas l’alerte d’agression, qui touche des personnes. Le contrat peut néanmoins prévoir une vérification, par écoute discrète, par l’image ou par un rappel avec un mot convenu, avant de transmettre l’alerte aux forces de l’ordre. Aucun opérateur ne peut en revanche se prévaloir auprès de ses clients d’une priorité d’intervention de la police ou de la gendarmerie : l’article D613-21 du même code l’interdit.

Tout se joue dans la procédure convenue d’avance : que fait-il si personne ne répond à son rappel, si la personne répond par le mot convenu, s’il entend des voix menaçantes ? Les moyens de vérification sont détaillés dans notre guide sur la levée de doute en télésurveillance.

Un bouton se déclenche aussi par erreur. Essayez-le en prévenant le centre, et rappelez à l’équipe qu’un déclenchement involontaire s’annule par l’appel convenu, jamais en le laissant courir.

Quelles images serviront vraiment à l’enquête ?

Une vue générale du magasin montre qu’il s’est passé quelque chose. L’enquête a besoin d’un visage, d’une silhouette complète, d’un geste. Trois cadrages font la différence :

  • l’entrée, de face, à hauteur de visage, depuis l’intérieur : c’est l’instant où une personne qui entre regarde devant elle ;
  • le comptoir et le plan d’échange, cadrés sur les mains et les objets plutôt que sur le poste du salarié ;
  • la sortie vue depuis l’intérieur, champ arrêté au seuil, sans cadrer la voie publique.
Caméra dôme fixée au-dessus de la porte d'entrée vitrée d'une boutique vue depuis l'intérieur
Une caméra placée face à l’entrée, à hauteur de visage, saisit le moment où chaque personne qui entre regarde devant elle. Illustration générée

L’enregistreur se range dans un local fermé, hors de vue : un boîtier posé sous le comptoir est le premier emporté. Vérifiez que son horloge est juste, que l’export fonctionne, et que deux personnes savent le faire.

Dans un commerce, lieu ouvert au public, la durée de conservation est fixée par l’autorisation préfectorale et ne peut excéder un mois (article L252-5 du code de la sécurité intérieure). Après un braquage, extrayez la séquence le jour même, avant tout écrasement, et remettez-la aux enquêteurs sur leur demande. Le réglage de cette durée est discuté dans notre guide sur la durée de conservation des images.

Laissez la diffusion aux enquêteurs. Publier soi-même un extrait peut désigner à tort une personne et gêner l’enquête. Ce qu’il faut apporter avec l’extrait au moment de la plainte est détaillé dans notre guide sur le vol en magasin, avec ou sans interpellation.

Que faire dans les minutes et les jours qui suivent ?

Quand Quoi Qui
Tout de suite Vérifier que personne n’est blessé, appeler le 17, et le 15 ou le 112 si quelqu’un a besoin de soins ; fermer la porte Le responsable présent
Avant l’arrivée des forces de l’ordre Ne toucher à rien de ce que les auteurs ont manipulé ; chacun note seul ce qu’il a vu ; garder les coordonnées des clients témoins Chaque témoin
Dans l’heure Prévenir le centre de télésurveillance s’il ne l’est pas, extraire la séquence vidéo, lister ce qui a été pris L’exploitant
Le jour même Déposer plainte, prévenir l’assureur dans le délai du contrat, qui ne peut pas être inférieur à deux jours ouvrés pour un vol (code des assurances, article L113-2) L’exploitant
Sous quarante-huit heures, hors dimanches et jours fériés Déclarer l’accident du travail de chaque salarié concerné L’employeur
Les semaines suivantes Retour d’expérience, mise à jour du document unique et des consignes L’employeur, avec le CSE s’il existe

Chacun note de son côté avant d’en parler avec les autres, pour que chaque description reste la sienne. Une liste préparée à l’avance aide : heure, nombre d’auteurs, ce qu’ils ont dit, direction de fuite.

Rien n’oblige à rouvrir le jour même. Fermez le temps qu’il faut, pour les constatations et pour l’équipe.

Comment accompagner les salariés après les faits ?

L’INRS recommande de déclarer l’agression en accident du travail. L’employeur dispose pour cela de quarante-huit heures, non compris les dimanches et jours fériés, à compter du moment où il a connaissance de l’accident (code de la sécurité sociale, article R441-3).

Les heures qui suivent comptent autant que les formalités. Toujours selon l’INRS : ne laisser aucun salarié victime ou témoin seul après les faits, l’aider dans ses démarches, plainte comprise, proposer un soutien psychologique aux victimes comme aux témoins, en lien avec le service de prévention et de santé au travail, et informer le CSE.

Le 116 006, numéro national d’aide aux victimes, est gratuit, ouvert tous les jours de 9 h à 20 h, et oriente vers l’association d’aide aux victimes la plus proche. Donnez-le par écrit à chaque salarié présent ce jour-là.

Quelques semaines plus tard, revenez sur les faits avec l’équipe : ce qui a fonctionné, ce qui a manqué, le bouton atteint ou non, l’image exploitable ou non. Mettez le document unique à jour. Certains salariés ne voudront plus fermer seuls ; c’est une information pour l’organisation, pas une faiblesse.

L’avis de l’équipe Secureo

Nous retrouvons souvent des boutons d’alerte posés sous le comptoir à l’installation et jamais essayés depuis. Personne ne sait plus s’ils aboutissent au centre, chez le gérant ou nulle part. Faites l’essai, centre prévenu, et notez la procédure de rappel convenue à côté de la consigne. Vérifiez ensuite que la caméra d’entrée montre un visage et non le haut d’une casquette : de toutes les images d’un magasin, c’est la plus utile à une enquête.

Questions fréquentes sur le braquage d’un commerce

Comment éviter un braquage ?

Aucun dispositif ne l’empêche à coup sûr. Le risque baisse quand peu d’espèces sont accessibles et que cela se sait, quand personne ne travaille seul aux heures exposées, quand l’entrée est vue de face par une caméra et quand l’équipe sait donner l’alerte sans geste visible.

Qui intervient en cas de braquage ?

La police ou la gendarmerie, appelée au 17 par le personnel une fois les auteurs partis, ou alertée par l’opérateur de télésurveillance après vérification si une alerte discrète est raccordée. Ni l’installateur ni l’agent d’un opérateur ne remplacent les forces de l’ordre.

Pourquoi un commerce est-il visé plutôt qu’un autre ?

Les auteurs cherchent ce qui se revend vite ou se dépense sans trace : espèces, téléphones, tabac, bijoux. S’y ajoutent les horaires d’ouverture et de fermeture, le personnel seul et une sortie rapide.

Faut-il une alerte agression si le magasin est déjà télésurveillé ?

Oui si la télésurveillance ne couvre que l’intrusion, car l’alarme de nuit est désarmée pendant l’ouverture. L’alerte agression est une entrée distincte, active en journée, avec sa propre procédure chez l’opérateur.

Un bouton anti-agression est-il obligatoire dans un commerce ?

Le code du travail n’impose pas d’équipement précis. Il oblige l’employeur à évaluer le risque d’agression dans le document unique et à prendre les mesures nécessaires à la sécurité de ses salariés (article L4121-1). Dans un commerce qui manipule des espèces, une alerte discrète reliée à un destinataire fait souvent partie de ces mesures, avec les consignes et l’organisation des ouvertures.

Votre équipe sait-elle donner l’alerte sans geste visible, et quelqu’un la reçoit-il ? Nous relevons sur place le poste de vente, l’entrée, le cadrage des caméras et le chemin de l’alerte, y compris sur une installation existante, puis nous vous disons ce qui manque. Audit de sûreté d’un commerce, gratuit et sans engagement, à Paris et en Île-de-France. Par téléphone au 01 48 45 17 71.

Information générale, à jour au 20 octobre 2026. Elle ne remplace ni les consignes des forces de l’ordre, ni l’avis d’un avocat ou de votre service de prévention et de santé au travail sur une situation individuelle. Sources : code pénal, articles 311-4 (version en vigueur depuis le 20 août 2026), 311-5, 311-6 et 311-8 ; code de la sécurité intérieure, articles L252-5, L613-6 et D613-21 ; code des assurances, article L113-2 ; code du travail, articles L4121-1 et R4121-1 ; code de la sécurité sociale, article R441-3, version en vigueur depuis le 1er décembre 2019 ; INRS, « Agressions et violences externes : prévention », mise à jour du 27 septembre 2023 ; Cramif, fiche DTE n° 290-1, juin 2025 ; gendarmerie des Deux-Sèvres, dépliant « vol à main armée » ; SSMSI, Insécurité et délinquance en 2025, bilan statistique, édition 2026, fiche 5.1 ; ministère de la Justice, page « 116 006 », mise à jour le 15 octobre 2025. Consultés le 14 octobre 2026 et revérifiés le 15 octobre 2026.

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