Peut-on interdire l’accès de son magasin à un client ou à un voleur ?
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Aucun texte français n’autorise expressément un commerçant à interdire son magasin à une personne. Deux règles encadrent le refus : le refus de vente est interdit sauf motif légitime (code de la consommation, article L121-11), et un refus fondé sur un critère discriminatoire est un délit (code pénal, article 225-2). Seul un juge peut prononcer une interdiction de paraître.
La question se pose presque toujours de la même façon : une personne qui a volé la semaine dernière revient, et l’équipe veut savoir si elle peut lui barrer la porte. Ce guide présente ce que disent les textes et où s’arrête leur réponse. La prévention des vols, elle, se construit en amont : voir comment sécuriser un commerce ou un magasin.
Un magasin est-il un lieu public ou un lieu privé ?
Ni l’un ni l’autre au sens courant : c’est un lieu privé ouvert au public. L’exploitant est chez lui. Il fixe ses horaires, organise son accueil et peut confier à un agent de sécurité le contrôle de l’entrée. Mais dès lors qu’il accueille le public pour vendre, il est soumis à deux interdits qui bornent ce pouvoir d’organisation : le refus de vente sans motif légitime et la discrimination.
Ce statut a d’autres effets. Filmer la surface de vente relève d’une autorisation préfectorale, et l’agent posté à l’entrée n’a que les pouvoirs que lui donne le code de la sécurité intérieure. Les deux points reviennent plus bas.
Refuser de vendre : que permet le motif légitime ?
L’article L121-11 du code de la consommation interdit de refuser à un consommateur la vente d’un produit ou la prestation d’un service, sauf motif légitime. Le refus irrégulier est puni de l’amende des contraventions de 5e classe (article R132-1 du même code).
La loi ne définit pas le motif légitime. La DGCCRF, dans sa fiche pratique sur le refus de vente, énumère les catégories dégagées par la jurisprudence : la demande anormale, l’indisponibilité ou la rupture de stock, le comportement inapproprié du consommateur ou sa mauvaise foi, le refus de certains moyens de paiement annoncé à l’avance, et les interdictions légales comme la vente d’alcool à un mineur. Elle ajoute que les juges ont admis un refus pour des raisons de sécurité, et que le caractère légitime du motif relève de l’appréciation souveraine des tribunaux.
Reste la question qui vous intéresse : le vol commis la semaine précédente est-il un motif légitime de refuser l’entrée ? Aucune décision publiée que nous avons pu vérifier ne le tranche. Le comportement inapproprié ou la mauvaise foi du consommateur figurent parmi les catégories admises, mais c’est au juge de dire si un vol antérieur y entre, au vu des circonstances. Les réponses trouvées en ligne s’appuient soit sur des décisions introuvables, soit sur le droit suisse, qui organise une « interdiction de magasin » inexistante en France.
La réponse la plus solide reste la plainte appuyée sur une image exploitable : une caméra qui reconnaît un visage à l’entrée fait partie de tout projet pour protéger un commerce, étudié gratuitement et sans engagement.
Où commence la discrimination ?
L’article 225-1 du code pénal définit la discrimination par une liste fermée de critères : l’origine, le sexe, l’apparence physique, la particulière vulnérabilité résultant de la situation économique, le lieu de résidence, l’âge, l’appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation ou une religion, entre autres. Avoir volé n’y figure pas.
Le risque est ailleurs : dans la consigne qui glisse de la personne identifiée vers une catégorie. « Ne plus laisser entrer l’homme filmé le 3 octobre » vise un fait. « Ne plus laisser entrer les groupes de jeunes » ou « les gens de telle cité » vise l’âge, l’apparence ou le lieu de résidence. Or l’article 225-2 punit le refus discriminatoire d’un bien ou d’un service de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, et de cinq ans et 75 000 euros lorsqu’il est commis dans un lieu accueillant du public ou pour en interdire l’accès. Un magasin entre dans ce cas.
L’interdiction de paraître : une décision du juge, pas du commerçant
L’interdiction de paraître existe, mais c’est une peine. L’article 131-6 du code pénal permet à la juridiction, pour un délit puni d’emprisonnement comme le vol, d’interdire au condamné, pour trois ans au plus, de paraître dans certains lieux qu’elle désigne et dans lesquels l’infraction a été commise. Votre magasin peut en faire partie.
Le chemin vers cette mesure passe par la procédure pénale : une plainte, une séquence vidéo extraite et conservée, la signalisation de chaque nouveau passage. C’est ce dossier qui permet au parquet et au tribunal de mesurer la réitération. La marche à suivre pour la plainte et l’extraction des images est détaillée dans notre guide déposer plainte et remettre l’extrait vidéo.

Deux thèses face à la même situation : que disent les sources ?
| Position | Qui la soutient | Fondement invoqué | Limite |
|---|---|---|---|
| Le commerçant peut refuser l’entrée à une personne qui l’a volé, si le motif n’est pas discriminatoire | Réponses d’avocats sur des sites de questions, blogs, forums | Liberté d’entreprendre, motif légitime | Aucun texte ni aucune décision vérifiable cités |
| Interdire l’accès à un auteur présumé de vol est illégal sans décision judiciaire | Presse spécialisée de la sécurité privée | Refus de vente, interdiction de paraître réservée au juge | Décisions citées non retrouvées à la source |
| Ce que disent les textes | Code de la consommation, code pénal | Refus de vente interdit sauf motif légitime ; critères de discrimination limitatifs ; interdiction de paraître prononcée par le juge | Ne dit pas si un vol antérieur est un motif légitime |
Avant d’écrire une consigne d’interdiction nominative, faites-la valider par un avocat. Une consigne prudente vaut mieux qu’une consigne ferme.
La personne revient : quelle conduite tenir ?
- Ne pas l’aborder pour un vol passé : sans nouveau flagrant délit, il n’y a rien à appréhender.
- Prévenir discrètement le responsable ou l’agent présent.
- Observer, sans suivre de façon ostensible.
- En cas de nouveau vol, appliquer la consigne du flagrant délit et appeler le 17 : ce que l’équipe peut faire à ce moment est détaillé dans notre guide sur le voleur pris sur le fait.
- Noter le passage dans la fiche d’incident, avec la date et l’heure, et conserver la séquence.
- Signaler la réitération aux enquêteurs en rappelant la référence de la première plainte.
Un magasin qui emploie un agent à l’entrée dispose d’une règle d’accueil qui vaut pour tous les clients : l’agent regarde le contenu des sacs qu’on lui ouvre, et ne les fouille qu’avec l’accord de leur propriétaire (article L613-2 du code de la sécurité intérieure). Face à un refus, la fiche F32041 de service-public.fr prévoit qu’il propose de laisser le sac à l’entrée et, au besoin, appelle la police. Cette règle s’applique à chacun ; elle ne sert pas à viser une personne en particulier.
L’avis de l’équipe Secureo
Nous ne faisons pas de droit à la place d’un avocat. Nous voyons en revanche ce qui rend un dossier solide : une caméra qui reconnaît un visage sur le seuil, une personne qui sait extraire la séquence le jour même, et une fiche d’incident tenue à chaque passage. Une photo affichée en caisse ne fait rien de tout cela et expose le magasin. Ce sont les images versées à une plainte qui pèsent devant le parquet.
Afficher la photo, partager une liste noire : pourquoi c’est risqué ?
Une image où l’on reconnaît une personne est une donnée personnelle. Les images de vidéosurveillance sont collectées pour une finalité précise, la sécurité du magasin, et ne sont consultées que par les personnes habilitées : notre guide sur qui peut visionner les images détaille qui peut y accéder. Afficher un visage en caisse, le publier sur les réseaux sociaux ou le transmettre aux commerces voisins sort de cette finalité.
Une « liste noire » partagée entre commerçants pose les mêmes difficultés, avec en plus un fichier de personnes soupçonnées d’infractions. Les obligations qui s’attachent aux images sont rappelées dans notre guide vidéosurveillance et RGPD. Le panneau qui informe le public de la présence de caméras, lui, est obligatoire : il n’a rien à voir avec l’affichage d’une photo.
Questions fréquentes sur l’interdiction d’accès à un magasin
Peut-on interdire à quelqu’un de venir dans un magasin ?
Aucun texte ne donne expressément ce pouvoir au commerçant. Le refus de vente est interdit sauf motif légitime, et un refus fondé sur un critère discriminatoire est un délit. Une interdiction de paraître dans le magasin ne peut être prononcée que par un juge.
Quels sont les motifs légitimes de refus de vente ?
La loi ne les définit pas : les juges les apprécient au cas par cas. La DGCCRF cite les catégories dégagées par la jurisprudence : demande anormale, rupture de stock, comportement inapproprié ou mauvaise foi du consommateur, refus d’un moyen de paiement annoncé à l’avance, interdiction légale (alcool à un mineur), ainsi que des raisons de sécurité admises par les juges.
Quelle sanction en cas de refus de vente ?
Le refus de vente sans motif légitime à un consommateur est puni de l’amende des contraventions de 5e classe (article R132-1 du code de la consommation). S’il repose sur un critère discriminatoire dans un lieu accueillant du public, il devient un délit puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.
Un magasin est-il un lieu public ?
C’est un lieu privé ouvert au public. L’exploitant organise l’accès et la sécurité, mais il reste soumis à l’interdiction du refus de vente et des discriminations, et la vidéoprotection de la surface de vente relève d’une autorisation préfectorale.
Combien de temps peut durer une interdiction de paraître ?
Lorsqu’un juge la prononce comme peine pour un délit puni d’emprisonnement, elle dure trois ans au plus et vise des lieux qu’il désigne, dans lesquels l’infraction a été commise. Une interdiction décidée par le commerçant seul n’a aucune durée légale.
Des images qui permettent de reconnaître la personne et de porter plainte. Nous vérifions que vos caméras cadrent l’entrée et la caisse à hauteur de visage, et que quelqu’un dans l’équipe sait extraire une séquence le jour même. Audit gratuit et sans engagement à Paris et en Île-de-France, pour sécuriser votre commerce. Par téléphone au 01 48 45 17 71.
Information générale, à jour au 19 octobre 2026. Cette page ne constitue pas un conseil juridique : avant de formaliser une interdiction, faites valider la consigne par un avocat. Sources, dans leur version en vigueur à cette date : code de la consommation, article L121-11 et article R132-1 ; code pénal, articles 225-1, 225-2 et 131-6 ; code de la sécurité intérieure, article L613-2 (version issue de la loi n° 2026-798 du 18 août 2026) ; DGCCRF, fiche pratique « Refus de vente » ; service-public.fr, fiche F32041, consultée le 15 octobre 2026.
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