Un restaurant peut-il installer des caméras de surveillance ?

Salle de restaurant vide avant le service, zone couverte par les caméras de surveillance
Salle, entrée, comptoir, terrasse, cuisine, réserve, vestiaire : chaque zone relève d’un régime différent, et la demande s’examine caméra par caméra.

Par Secureo Publié le Mis à jour le Relu par l’équipe Secureo

Oui. La vraie question n’est pas de savoir si vous en avez le droit, mais de savoir quelle caméra relève de quel régime. Celles qui couvrent la salle supposent une autorisation préfectorale. Celles qui couvrent la cuisine n’en demandent aucune, et ce sont pourtant elles qui posent le plus de problèmes.

Quelle autorisation faut-il demander, et pour quelles caméras ?

La demande s’examine caméra par caméra, pas établissement par établissement. Une caméra qui couvre la salle, l’entrée, le comptoir ou les circulations de la clientèle filme un lieu ouvert au public : elle doit être autorisée par le préfet du département, le préfet de police à Paris. Le cadre est le titre V du code de la sécurité intérieure, chapitre sur l’autorisation et les conditions de fonctionnement (articles L252-1 à L252-7).

Une caméra qui couvre la cuisine, la plonge, la cave, la réserve ou le bureau filme un lieu qui n’est pas ouvert au public. Aucune autorisation préfectorale n’est due. Aucune déclaration à la CNIL non plus : cette formalité a disparu, et la procédure applicable aujourd’hui est détaillée dans notre guide sur la déclaration d’une vidéosurveillance. Reste l’inscription du dispositif au registre des traitements, que vous tenez de toute façon.

Le risque attaché à l’oubli vise les établissements qui reçoivent du public. Le préfet peut ordonner la fermeture provisoire d’un commerce où un système de vidéoprotection non autorisé a été mis en place. Pour un restaurant, une fermeture pèse plus lourd que n’importe quelle amende. Le dossier se prépare donc au moment du chiffrage d’une installation de vidéosurveillance de restaurant, pas après la pose.

Filmer la cuisine et la plonge : ce que la CNIL refuse

Une cuisine n’est pas une réserve. Dans un commerce, l’arrière-boutique reste vide la plus grande partie de la journée. Dans un restaurant, elle est occupée sans interruption pendant tout le service. Filmer cet espace, c’est filmer des gens au travail pendant des heures.

La CNIL est explicite : les caméras ne doivent pas filmer les employés sur leur poste de travail, sauf circonstances particulières, ni les zones de pause ou de repos, ni les toilettes, ni les locaux syndicaux. Une caméra braquée sur le piano, sur la passe ou sur le bac de plonge tombe exactement dans ce qui est refusé. Un dispositif ne peut pas avoir pour objet de vérifier que le personnel travaille correctement.

Ce qui reste possible en arrière-salle est étroit, et suffit le plus souvent : le seuil de la porte de service, la circulation qui mène aux réserves, l’accès à la cour. Ces points répondent à la seule question qui se pose vraiment, celle de savoir qui est entré et à quelle heure.

Trois obligations précèdent la pose, quelle que soit la zone. Chaque personne concernée est informée avant la mise en service, extra recruté pour un seul service compris (article L1222-4 du code du travail). Le comité social et économique, lorsqu’il existe, est informé et consulté avant la décision (article L2312-38). La mesure doit enfin rester proportionnée au but recherché (article L1121-1).

Sept zones d’un restaurant, et ce que chacune autorise

ZoneRégimePossibleExclu
SalleLieu ouvert au public, autorisation préfectoraleVue d’ensemble des circulations et des accèsCadrage centré sur une table ou sur un membre du personnel
Entrée et comptoir d’accueilLieu ouvert au public, autorisation préfectoraleIdentification des entrées et des sortiesDébordement sur le trottoir au-delà de vos abords immédiats
TerrasseSelon l’emprise autorisée par la communeLe mobilier et l’emprise qui vous est accordéeLa voie publique au-delà de cette emprise
Zone d’encaissement et barOuvert au public, et poste de travailCadrage sur le plan de caisse et le tiroirCadrage sur l’opérateur, plan large sur la personne
Cuisine, passe et plongeNon ouvert au public, RGPD et code du travailSeuil de la porte de service, circulation vers les réservesPostes de travail, piano, passe, bac de plonge
Réserve, cave et chambre froideNon ouvert au public, RGPDAccès et volume de la piècePoste occupé en permanence par une personne
Vestiaire, salle de pause, sanitairesInterditRienToute caméra, sans exception ni circonstance

La caisse et le bar : cadrer le tiroir plutôt que la personne

La manipulation d’argent est la circonstance particulière que la CNIL admet. La formulation mérite d’être lue mot à mot : lorsqu’un employé manipule de l’argent, la caméra doit davantage filmer la caisse que le caissier.

Un bar rend cette nuance difficile à tenir. Le tiroir s’ouvre en continu pendant le coup de feu, et la même personne occupe le poste toute la soirée. Un objectif grand angle posé en face, à hauteur d’homme, filme un individu pendant six heures, pas une caisse. Le même capteur placé au-dessus, cadré serré sur le tiroir, répond à la finalité sans cet effet.

Le champ se vérifie après la pose, sur l’image réelle, quand le bar est plein. Pas sur un plan d’implantation.

Regarder sa cuisine depuis son téléphone pendant le service

C’est l’usage qui vaut à un restaurateur le plus d’ennuis, et celui dont on parle le moins. La CNIL demande que l’accès distant soit sécurisé, et pose une limite : la possibilité de regarder les images sur tablette ou téléphone ne doit pas conduire à surveiller ses employés pour leur faire des remarques sur la qualité du travail.

La CNIL a publié le cas correspondant. Une plainte visait une caméra installée au-dessus d’un poste de travail. Le contrôle sur place a établi que le dispositif fonctionnait la journée en mode visualisation et que le gérant accédait aux images en temps réel depuis son téléphone, plaçant l’employé sous surveillance permanente. La mise en demeure est restée sans effet, et l’entreprise a été sanctionnée publiquement et financièrement.

Un gérant qui exploite deux salles, ou qui n’est pas sur place pendant le service, se trouve dans cette configuration. Deux réglages la corrigent : séparer les caméras consultables en direct de celles qui se contentent d’enregistrer, et attribuer un compte nommé par personne habilitée plutôt qu’un accès unique installé sur tous les téléphones de l’équipe. Ces règles sont détaillées dans notre guide sur les personnes autorisées à visionner les images.

Comptoir de bar et tiroir-caisse fermé en fin de soirée dans un restaurant
Une contestation de paiement ou une chute se tranche sur le cadrage : un plan large de salle ne montre ni le geste ni la personne.

Un client conteste, tombe ou part sans payer : que vaut l’image ?

C’est pour cela que la plupart des restaurateurs installent des caméras, et c’est là que les dispositifs déçoivent. Deux mécanismes expliquent la quasi-totalité des échecs.

Le premier est la durée. La CNIL retient qu’en principe la conservation n’excède pas un mois, et que quelques jours suffisent souvent. Beaucoup d’enregistreurs tournent en boucle courte. Une contestation d’addition, une chute signalée par un client ou un manquant de caisse remontent fréquemment après l’effacement. Dès qu’un incident est signalé, la séquence s’extrait du système et l’opération se consigne dans un cahier dédié. Le sujet est traité dans notre guide sur la durée de conservation des images.

Le second est le droit d’accès. Une personne filmée peut demander à visionner les enregistrements la concernant ou à en obtenir une copie. La demande se rejette si elle est infondée ou excessive, ou si les images ont déjà été effacées, mais elle ne se rejette pas parce qu’elle vous dérange. Le client passe par le nom et le numéro de téléphone du responsable, qui figurent sur votre affichage. Un affichage incomplet ne supprime pas son droit : il vous prive de l’interlocuteur désigné, et la demande part alors en réclamation. Le contenu exact des panneaux est repris dans notre guide sur l’affichage de vidéosurveillance.

Reprendre une installation posée sans ces règles

Beaucoup d’établissements héritent d’un système monté par un prédécesseur ou complété au fil des années. Le constat se répète : une caméra sur la passe, un enregistreur posé sous le bar, un mot de passe partagé, aucun panneau à l’entrée, et pas de dossier préfectoral pour les caméras qui couvrent la salle.

La remise en conformité ne suppose pas de tout déposer. Réorienter les champs, poser l’affichage, ouvrir un compte par personne habilitée, régler la durée de conservation et déposer le dossier pour les seules caméras qui filment le public suffit le plus souvent. Ces points se relèvent en une visite.

L’avis de l’équipe Secureo

La caméra que les restaurateurs demandent en premier est celle de la cuisine, et c’est presque toujours celle qu’il faut déplacer. La valeur ne vient pas de voir travailler une brigade : elle vient de savoir qui a franchi la porte de service, et à quelle heure. Un seul champ sur ce seuil règle plus de litiges qu’un plan large sur la passe, et ne pose aucune des questions que la CNIL sanctionne. Sur les établissements repris, l’affichage manquant reste le défaut le plus fréquent.

Questions fréquentes sur les caméras dans un restaurant

Est-ce légal de regarder ses employés par caméra ?

Regarder un enregistrement dans le cadre d’une finalité définie est licite. Regarder le direct pour suivre l’activité d’une personne ne l’est pas : un dispositif ne peut pas conduire à placer un employé sous surveillance permanente et constante.

Quel est le droit de refuser d’être filmé ?

Un salarié ne peut pas s’opposer à un dispositif régulier et proportionné qui couvre des accès et des circulations. Il peut en revanche demander l’accès aux images qui le concernent, et contester un cadrage qui vise son poste de travail.

Peut-on enregistrer le son dans une salle ou au bar ?

L’enregistrement du son en plus des images est réservé à des situations particulières et doit pouvoir être déclenché à l’initiative d’un employé, par exemple en cas d’agression. Un enregistrement sonore permanent de la salle n’entre pas dans ce cadre.

Faut-il informer un extra recruté pour un seul service ?

Oui. L’information préalable vise chaque personne concernée, sans condition de durée de contrat. Une note remise à la prise de poste et un affichage en arrière-salle couvrent les renforts et les saisonniers.

Vous préparez une installation ou vous reprenez un système existant ? Nous relevons sur place les champs, l’affichage, les accès et les zones soumises à autorisation, puis nous chiffrons une vidéosurveillance de restaurant ou de bar conforme à ce découpage. Audit sur site gratuit et sans engagement, ou par téléphone au 01 48 45 17 71.

Information générale, à jour au 22 septembre 2026. Elle ne remplace pas l’analyse d’un avocat ni une étude de conformité sur votre établissement. Sources : CNIL, « La vidéosurveillance dans les commerces » et « La vidéosurveillance – vidéoprotection au travail », publiées le 23 juillet 2018, la première signalée par la CNIL comme en cours de mise à jour ; code de la sécurité intérieure, titre V Vidéoprotection, articles L251-1 à L255-1 ; Service-Public, « Caméras de surveillance sur la voie publique et dans les lieux ouverts au public », vérifié le 6 janvier 2026 ; code du travail, articles L1121-1, L1222-4 et L2312-38.

Comptoir de bar avec une caméra placée au-dessus du plan de caisse et du tiroir
Lorsqu’un employé manipule de l’argent, la CNIL demande de filmer la caisse davantage que le caissier

Audit de sûreté gratuit, sans engagement

Nous relevons vos accès et vos zones exposées avant toute proposition chiffrée.

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