Combien de caméras pour votre local professionnel ?

Le nombre se déduit d’une liste de scènes, non d’une surface.

Par Secureo Publié le Mis à jour le Relu par l’équipe Secureo

Il n’existe pas de ratio par mètre carré, et toute réponse qui en propose un est une réponse commerciale. La bonne méthode consiste à lister les scènes que vous devez pouvoir montrer : chaque entrée, chaque point de valeur, chaque zone où un litige peut naître. Une caméra par scène, et une seule scène par caméra. Le compte se stabilise ensuite en fonction de l’éclairage, de la hauteur sous plafond et des obstacles.

Poste d’exploitation vidéo avec mur d’écrans éteints et pupitre de commande
Une caméra couvre une scène. Élargir son champ pour en couvrir deux revient à n’en exploiter aucune.
Plan de local professionnel avec une caméra dôme posée dessus

La méthode : compter les scènes à couvrir

Une caméra ne surveille pas une surface, elle documente une scène. Une scène, c’est un endroit précis où quelque chose peut se produire que vous devrez pouvoir montrer : une entrée par laquelle on passe, un comptoir où l’on paie, un quai où l’on charge, une réserve où l’on prend.

La méthode tient en trois temps. On liste les scènes. On vérifie, pour chacune, ce qu’il faut obtenir : reconnaître une personne, lire une plaque, constater un geste, ou simplement établir qu’un passage a eu lieu. Ces quatre objectifs n’exigent pas le même cadrage. On additionne ensuite, en gardant une règle simple : une scène par caméra.

C’est cette dernière règle qu’on enfreint en croyant économiser. Une caméra placée à l’angle d’une pièce pour « voir toute la salle » livre une image où chaque visage occupe quelques pixels. Elle produit un enregistrement, pas une preuve.

Les quatre questions qui fixent le nombre

Que dois-je pouvoir établir ? Constater un passage demande un cadrage large et tolérant. Reconnaître une personne demande un cadrage serré sur un point de passage obligé. Lire une plaque demande une caméra dédiée, orientée dans l’axe, avec un traitement de contre-jour. Ces trois objectifs sur une même zone font trois caméras, pas une.

Combien de points de passage obligés ? Toute personne entrant dans un local franchit au moins un point contraint : porte, sas, portillon, tourniquet. Ces points valent chacun une caméra, car ils offrent la seule occasion d’un cadrage serré.

Où se trouve la valeur ? Caisse, coffre, réserve, armoire technique, zone de préparation de commandes. Chaque point de valeur constitue une scène distincte.

Où naissent les litiges ? Réception de marchandises, zone de retour client, quai de chargement, aire de livraison. Ce sont des scènes que l’on oublie au moment de l’étude et que l’on regrette au premier différend.

Schéma d’une architecture de vidéosurveillance IP : caméras, switch PoE, enregistreur NVR, stockage, poste d’exploitation et accès distant sécurisé
Le nombre de caméras détermine aussi le dimensionnement du réseau, de l’enregistreur et du stockage : ces trois postes suivent le compte.

Repères par typologie de local

Repères de conception par typologie de local : scènes à retenir et ordre de grandeur qui en découle. Ces valeurs ne sont pas un barème et ne valent aucun engagement.
TypologieScènes à retenirOrdre de grandeur
Commerce de proximité, une seule salleEntrée, comptoir de caisse, réserve, façadeQuatre scènes distinctes
Commerce avec surface de vente et arrière-boutiqueEntrée, caisse, allées principales, accès réserve, livraisonCinq à huit selon le nombre d’allées
Cabinet ou local tertiaire de plain-piedEntrée, accueil, couloir de desserte, local techniqueTrois à cinq scènes
Plateau de bureaux à étagesHall, chaque palier d’ascenseur, chaque cage d’escalier, local serveursUne par point de passage vertical, plus les points sensibles
Entrepôt ou local d’activitéChaque quai, accès piéton, allée centrale, zone de préparation, courLe compte suit le nombre de quais, pas la surface
Site avec extérieur et véhiculesPortail dans l’axe, cour, façade aveugle, zone de stationnementUne caméra de lecture dédiée au portail, plus les vues d’ensemble

Quatre conditions de pose qui font bouger le compte

Le compte peut varier du simple au double selon les conditions de pose. La hauteur sous plafond : plus le point de pose est haut, plus le champ s’élargit et plus le sujet devient petit ; sur un entrepôt, cela conduit à descendre la caméra plutôt qu’à en ajouter une.

Les obstacles : un rayonnage, un poteau, une pile de palettes créent des angles morts qui ne se voient pas sur un plan et se découvrent après la pose. Le contre-jour : une entrée vitrée orientée plein sud transforme les silhouettes en ombres, et se traite par le choix de matériel et par l’orientation, non par le nombre. Enfin l’éclairage nocturne : une zone sans éclairage impose un matériel adapté, et cette contrainte pèse plus lourd que le nombre de points de vue.

Le référentiel APSAD R82 organise cette conception en phases successives, de l’analyse de risque à la maintenance. Rien n’en fait une obligation légale, mais la logique reste valable pour n’importe quelle installation : le cadrage se valide sur site, image à l’appui, avant la réception.

Ajouter une caméra n’est pas une décision uniquement technique. Filmer un lieu ouvert au public suppose une autorisation préfectorale au titre des articles L. 251-1 et suivants du code de la sécurité intérieure. Cette autorisation fixe notamment la durée de conservation des images, qui ne peut excéder un mois.

En présence de salariés, la CNIL rappelle que les caméras ne doivent filmer ni les espaces de pause, ni les sanitaires, ni les locaux syndicaux, et qu’une installation ne peut pas servir à surveiller en continu l’activité des salariés. Les postes de travail individuels ne se cadrent que dans des circonstances particulières, la manipulation d’argent en tête.

Enfin, tout enregistrement constitue un traitement de données personnelles au sens du RGPD. La conformité porte sur l’usage que vous en faites, pas sur le matériel : nous fournissons les éléments techniques (durées de conservation paramétrées, gestion des accès, journalisation), la responsabilité du traitement reste la vôtre.

La liste à préparer avant de demander un devis

  • Un plan, même dessiné à la main, avec les entrées et les cloisons.
  • La liste des scènes, en une phrase chacune : « voir qui entre », « voir la caisse », « voir le quai 2 ».
  • Pour chaque scène, l’objectif : constater, reconnaître, ou lire.
  • Les horaires d’activité et les moments où le local est vide.
  • Les zones interdites de cadrage : pause, vestiaires, sanitaires, local syndical.
  • La présence ou non de public dans le local, qui détermine le régime applicable.
  • L’existence d’un local technique ventilé pour l’enregistreur, et d’un réseau utilisable.
  • Qui, dans l’entreprise, sera habilité à consulter les images.

L’erreur de raisonnement : vouloir voir partout

Raisonner en couverture, « je veux voir partout », mène à une impasse. Une couverture intégrale coûte cher, produit un volume d’images que personne n’exploite, et n’aide pas davantage en cas d’incident, parce qu’une image large ne permet ni de reconnaître ni de lire.

L’exercice inverse est plus utile. Prenez l’incident que vous redoutez le plus. Demandez-vous quelle image vous voudriez pouvoir montrer. C’est cette image qui définit le nombre, la position et le cadrage des caméras, pas la surface du local.

Questions fréquentes sur le nombre de caméras d’un local

Une caméra à très haute définition permet-elle d’en poser moins ?

Partiellement, et moins qu’on ne l’espère. Une définition supérieure permet d’élargir un peu le champ à qualité de détail constante, mais elle ne corrige ni un angle mort, ni un contre-jour, ni une scène mal orientée. Elle augmente en revanche le débit réseau et le volume de stockage, deux postes à dimensionner en conséquence.

Faut-il une caméra par allée dans un commerce ?

Cela dépend du fait à établir. Pour constater une présence, une vue d’ensemble par groupe d’allées suffit. Pour documenter un geste précis en rayon, il faut une vue par allée, cadrée dans l’axe. Le niveau de détail à produire décide, davantage que le nombre d’allées.

Combien de temps faut-il conserver les images ?

Pour un lieu ouvert au public soumis à autorisation, l’autorisation elle-même fixe la durée, qui ne peut excéder un mois. La CNIL recommande par ailleurs une conservation de quelques jours et rappelle que la capacité technique de stockage ne justifie pas à elle seule la durée retenue. Une durée courte, cohérente avec votre délai de détection d’un incident, est plus solide qu’une durée maximale.

Peut-on ajouter des caméras plus tard ?

Oui, à condition d’y avoir pensé au dimensionnement : nombre de ports disponibles sur le commutateur réseau, capacité restante de l’enregistreur, volume de stockage et cheminements accessibles. C’est le point à demander explicitement dans le devis, sous la forme d’un nombre de points d’extension réellement disponibles.

Une caméra factice a-t-elle un intérêt ?

Elle n’enregistre rien, donc elle ne produit aucun élément après un incident. Elle peut par ailleurs être reprochée si elle laisse croire à une surveillance inexistante, notamment vis-à-vis de salariés. Une caméra visible et réelle, correctement signalée, joue le même rôle dissuasif tout en servant à quelque chose.

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